Il y a deux océans dans l'histoire de l'art. Le premier est une surface : des vagues, des tempêtes, des horizons, que les peintres observent depuis le rivage. Le second est une profondeur que personne ne voit, peuplée de créatures réelles ou rêvées, et traversée de sons. Explorer le lien entre art et océan, c'est passer de l'un à l'autre, et voir comment l'œuvre d'art s'est approchée de la mer à mesure que la science la rendait visible, puis audible.
La surface : la vague et la tempête
L'image la plus célèbre de l'océan est sans doute une estampe japonaise : Sous la vague au large de Kanagawa, de Hokusai, où une immense vague aux crêtes griffues menace des barques minuscules, avec le mont Fuji au loin. La mer y est une force qui dépasse l'humain, et la composition entière tient dans cet écart d'échelle.
En Europe, William Turner peint des navires pris dans la tempête où l'eau, le ciel et la lumière se confondent. Gustave Courbet, sur la côte normande, consacre toute une série de toiles à des vagues seules, sans personnage, comme si la mer pouvait être un sujet à part entière. Ces œuvres regardent l'océan depuis la terre : elles en peignent la puissance, pas l'intérieur. Les reflets et la profondeur de l'eau en général font l'objet de notre article sur l'eau dans l'œuvre d'art.
Les profondeurs : quand la science ouvre l'œuvre d'art
Le fond des mers reste longtemps un espace d'imagination. Les cartes anciennes s'ornent de monstres marins, serpents gigantesques et poissons fabuleux, qui disent moins ce qu'on sait que ce qu'on craint. La littérature prend le relais : Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne, fait voyager des générations de lecteurs dans un monde sous-marin qu'aucun d'eux n'a vu.
Au tournant du vingtième siècle, le biologiste allemand Ernst Haeckel publie Formes artistiques de la nature, un recueil de planches où méduses, radiolaires et organismes marins microscopiques sont dessinés avec une symétrie fascinante. Ses dessins nourrissent l'Art nouveau : la porte monumentale de l'Exposition universelle de Paris, en 1900, s'inspire de ses radiolaires. La science n'a pas seulement documenté l'océan, elle a fourni un nouveau répertoire de formes.
Les créatures de la mer, entre réel et imaginaire
L'océan est le domaine des êtres étranges. Méduses translucides, pieuvres aux bras autonomes, poissons des abysses porteurs de lumière : la réalité y dépasse souvent l'invention. Le cinéaste français Jean Painlevé l'a montré en filmant hippocampes, crevettes et pieuvres avec une attention qui tient autant de la poésie que de la biologie.
Cette étrangeté nourrit depuis toujours l'imaginaire des créatures hybrides, sirènes, krakens, monstres composites. La mer est l'endroit où le corps se recompose : moitié poisson, moitié autre chose. Nous explorons cette tradition dans la chimère dans l'art.
Sous la surface, l'océan ne se regarde pas : il s'écoute. C'est là que l'image cède la place au son.
Le son de l'océan
Dans l'eau, la lumière s'éteint vite, mais le son porte loin. Les animaux marins s'y orientent et y communiquent par le son, et l'humain a appris à faire de même avec le sonar, qui émet une onde et écoute son écho pour situer ce qu'il ne voit pas.
En 1970, la parution d'un disque d'enregistrements de chants de baleines à bosse, réalisé à partir des travaux du biologiste Roger Payne, a révélé au grand public la complexité de ces chants. Il a marqué des musiciens et accompagné l'essor des mouvements de protection des baleines. Bien avant, Claude Debussy avait composé La Mer, une évocation orchestrale du mouvement des flots plutôt qu'une description. L'océan est devenu une matière sonore, ce que nous approfondissons dans l'œuvre d'art sonore.
Écouter l'océan change aussi la position de celui qui reçoit l'œuvre. On ne fait plus face à une image cadrée : on est entouré, le son vient de partout, s'éloigne, revient. C'est une expérience d'immersion au sens propre, plus proche de la plongée que de la contemplation.
L'œuvre d'art sous la mer
Certains artistes ont fini par immerger l'œuvre elle-même. Le sculpteur Jason deCaires Taylor installe au fond de l'eau des statues de béton, notamment au large de Cancún, au Mexique. Avec le temps, coraux, algues et poissons les colonisent : la sculpture devient récif. L'œuvre n'est plus regardée depuis le rivage, elle appartient à l'océan, qui la transforme.
Ce geste renverse la relation habituelle. Pendant des siècles, l'artiste a tiré de la mer des images destinées à la terre ferme ; ici, il confie une œuvre à la mer et accepte de ne plus en maîtriser l'aspect. Pour la voir, il faut plonger, ou se contenter de photographies. L'œuvre rejoint alors la famille des créations qui se transforment avec le vivant, dont nous parlons dans l'œuvre d'art vivante.
SONAR, les chimères des profondeurs
SONAR, la deuxième œuvre de Nyraël, est née de ce double imaginaire : les créatures et le son. Parmi des créatures de la terre, de l'air et de l'océan, vous choisissez celle qui sera le corps de votre chimère, vous l'assemblez, puis vous composez avec elle. Dans l'espace sonore, la ligne du sonar balaie l'espace et fait sonner ses notes à chaque tour.
Chaque chimère rejoint ensuite un peuple, celui des visiteurs qui résonnent comme vous. Casque recommandé. Plonger dans SONAR.
Questions fréquentes
Quelle est l'œuvre d'art la plus célèbre sur l'océan ?
L'estampe Sous la vague au large de Kanagawa, de Hokusai, est sans doute l'image de la mer la plus reproduite au monde. On y voit une vague immense menaçant des barques, avec le mont Fuji au loin.
Comment l'art a-t-il représenté les profondeurs marines ?
D'abord par l'imagination, avec les monstres marins des cartes anciennes et les récits comme ceux de Jules Verne. Puis la science a fourni des modèles réels, notamment les planches d'Ernst Haeckel, qui ont inspiré l'Art nouveau.
Le son de l'océan peut-il être une œuvre d'art ?
Oui. Les enregistrements de chants de baleines ont marqué de nombreux musiciens, et des artistes sonores travaillent avec des sons captés sous l'eau. Dans l'eau, le son porte bien plus loin que la lumière, ce qui en fait une matière privilégiée pour évoquer les profondeurs.