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Œuvre d'art et intelligence artificielle : qui est l'auteur ?

Une image naît d'une phrase tapée dans un champ de texte. Elle est belle, parfois troublante. Reste à savoir de qui elle est l'œuvre.

La question revient à chaque image virale : une œuvre d'art IA a-t-elle un auteur, et lequel ? Le débat sur l'art et l'intelligence artificielle mêle trois plans qu'il faut distinguer : l'histoire de l'art, qui a déjà connu des machines créatrices ; le droit, qui exige un auteur humain ; et l'expérience, qui se moque des deux et demande seulement si l'œuvre nous atteint.

Une histoire plus ancienne qu'on ne le croit

Les artistes n'ont pas attendu les modèles actuels pour confier une part de la création à des machines. Dès les années 1960, des pionniers de l'art par ordinateur écrivent des programmes qui tracent des figures selon des règles et une dose de hasard. Le peintre Harold Cohen consacre ensuite une grande partie de sa carrière à AARON, un programme de dessin qu'il fait évoluer pendant des décennies.

Dans ces démarches, l'artiste conçoit le système et en accepte les surprises. C'est le cœur de l'art génératif : l'œuvre n'est pas seulement l'image produite, mais la règle qui la produit. Les outils d'aujourd'hui changent l'échelle et la facilité d'accès, pas tout à fait la question.

Ce que change l'intelligence artificielle générative

La rupture tient à deux points. D'abord, l'utilisateur n'écrit plus le système : il le reçoit tout fait, entraîné par d'autres sur d'immenses ensembles d'images existantes. Ensuite, le résultat imite avec aisance des styles, des techniques, des textures que l'on associait à des années de pratique.

Le geste de l'utilisateur se déplace donc. Il ne tient plus le pinceau : il formule, essaie, compare, recommence, trie des dizaines de propositions pour en garder une. Certains y voient un vrai savoir-faire, proche de celui du photographe qui choisit son cadre et son instant. D'autres n'y voient qu'une commande passée à un prestataire très rapide. Les deux lectures se défendent selon les cas, et c'est ce qui rend la question de l'auteur si glissante.

Le marché s'en est emparé tôt. En 2018, la maison de ventes Christie's a mis aux enchères un portrait produit par un algorithme, présenté par le collectif français Obvious. L'événement a surtout montré que la question de l'auteur restait entière : le collectif, les auteurs du code qu'il avait utilisé, ou le programme lui-même ?

Une œuvre d'art IA est-elle protégée par le droit d'auteur ?

En droit français, le droit d'auteur protège les œuvres de l'esprit, à condition qu'elles soient originales, c'est-à-dire qu'elles portent l'empreinte de la personnalité de leur auteur. La tradition juridique considère que cet auteur est une personne physique. Une machine ne peut donc pas être titulaire de droits.

Reste la place de l'humain qui utilise l'outil. Plus ses choix sont nombreux et déterminants (composition, sélection, retouches, assemblage), plus il devient plausible de lui reconnaître la qualité d'auteur. À l'inverse, une image obtenue par une simple instruction, sans intervention créative réelle, a peu de chances d'être protégée. Aux États-Unis, l'administration du droit d'auteur et les tribunaux ont déjà refusé d'enregistrer des images produites sans apport humain suffisant.

Une autre question concerne l'amont : les œuvres utilisées pour entraîner les modèles. Le droit européen prévoit une exception pour la fouille de textes et de données, assortie d'une possibilité pour les ayants droit de s'y opposer, et plusieurs procédures opposent des artistes à des entreprises du secteur. Le sujet évolue vite : pour tout usage commercial, l'avis d'un juriste spécialisé reste indispensable. Les principes de base sont rappelés dans droit d'auteur et œuvre d'art.

La machine peut produire une image ; ce qui fait une œuvre, c'est encore une suite de décisions dont quelqu'un répond.

Juger une œuvre créée avec l'IA

Au-delà du droit, comment évaluer ces images ? Quelques questions aident à sortir du simple effet de surprise :

Ces critères valent pour toute création numérique, dont nous décrivons les formes dans œuvre d'art numérique.

L'auteur partagé

La situation la plus intéressante n'est peut-être ni celle de l'artiste seul ni celle de la machine seule, mais celle d'une création partagée. Un artiste conçoit un dispositif, avec ses règles, ses matières, ses limites ; le visiteur y entre et y fait des choix ; le dispositif répond. L'œuvre finale n'appartient entièrement à personne, et c'est précisément ce qui la rend vivante. La question « qui est l'auteur ? » cède alors la place à une autre : qui a fait quoi, et qu'est-ce que chacun y a mis ?

SONAR : composer avec sa chimère

SONAR, la deuxième œuvre de Nyraël, assume cette création à plusieurs mains. Parmi des créatures de la terre, de l'air et de l'océan, vous choisissez celle qui sera le corps de votre chimère, vous l'assemblez, puis vous composez avec elle : dans l'espace sonore, la ligne du sonar fait sonner ses notes à chaque tour. Le cadre est celui de l'artiste, la chimère et la composition sont les vôtres.

Chaque chimère rejoint ensuite un peuple, celui des visiteurs qui résonnent comme vous. Casque recommandé. Composer dans SONAR.

Questions fréquentes

Une image générée par IA peut-elle être protégée par le droit d'auteur ?

En France, le droit d'auteur suppose une œuvre originale portant l'empreinte de la personnalité d'un auteur humain. Une image obtenue sans réelle intervention créative a donc peu de chances d'être protégée, alors qu'une création où l'humain fait des choix déterminants peut l'être. Le sujet évolue et mérite l'avis d'un juriste pour tout usage commercial.

L'intelligence artificielle peut-elle être considérée comme un artiste ?

Juridiquement, non : une machine ne peut pas être titulaire de droits d'auteur. Sur le plan artistique, le débat reste ouvert, mais la plupart des démarches reconnues placent l'IA comme un outil ou un système conçu et piloté par un artiste.

L'art créé par ordinateur est-il nouveau ?

Non. Des artistes écrivent des programmes de création d'images depuis les années 1960, et l'art génératif repose sur des systèmes de règles conçus par l'artiste. Ce qui change aujourd'hui, c'est l'accessibilité des outils et leur capacité à imiter des styles existants.

Composez votre chimère

Dans SONAR, vous choisissez une créature de la terre, de l'air ou de l'océan, vous l'assemblez, puis vous composez avec elle. Casque recommandé.

Plonger dans SONAR

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ORÆL  ·  2026-10-05