Ce que le navigateur sait faire
Un navigateur moderne accède à la caméra et au micro, rend de la 3D en temps réel, suit une main ou un visage, et le tout sans rien installer. Une œuvre peut donc s'ouvrir d'un lien, se vivre, puis se refermer — sans laisser d'application derrière elle. Pour un artiste, c'est la fin de la salle comme condition d'accès.
Le corollaire compte autant : l'œuvre devient accessible. Elle n'attend plus le déplacement, l'horaire, le billet. Elle se rencontre depuis n'importe où, ce qui change la nature du public et le rapport au temps de la visite.
Les contraintes réelles
Le navigateur impose ses règles. Il faut le consentement explicite pour la caméra. Les performances dépendent de l'appareil : ce qui est fluide sur un ordinateur peut ramer sur un téléphone ancien. Et certaines expériences lourdes — un rendu photoréaliste continu — se diffusent depuis un serveur distant, ce qui a un coût et une latence.
Une œuvre web bien conçue commence par couper ce qui ne pourra pas fonctionner : mieux vaut un écran de refus clair sur un téléphone incapable de porter l'expérience qu'une session dégradée qui trahit l'œuvre.
Conserver une œuvre qui vit dans un onglet
Le web est un support instable. Une œuvre qui dépend d'une bibliothèque, d'un navigateur ou d'un service particulier peut cesser de fonctionner en quelques années. La conservation — documenter, isoler les dépendances, prévoir la panne — n'est pas un détail technique : c'est la condition pour qu'une œuvre en ligne existe encore demain.
Lire plutôt que réagir
Le navigateur permet aussi une œuvre qui observe et compose une trace, pas seulement une œuvre qui réagit et s'efface. C'est cette voie que suit RÉSONANCE : une chambre traversée dans le navigateur, une manière d'y être lue, un univers de présences composé à la sortie.