La caméra : le corps dans l'espace
La vision par ordinateur suit une silhouette, une main, un visage, un déplacement. C'est le capteur le plus riche parce qu'il lit une manière d'occuper l'espace : s'approcher ou rester au seuil, bouger vite ou lentement, se tenir au centre ou en retrait. Ces gestes ne se disent pas ; ils se voient.
Sa limite est double : la lumière, dont elle dépend entièrement, et la vie privée, puisqu'une caméra filme. Une œuvre sérieuse traite l'image sur l'appareil et n'en conserve que des mesures — jamais le flux.
Le micro : la présence sonore
Un micro capte le niveau, le rythme, le silence. Il permet une œuvre qui répond à la voix ou au calme d'une pièce. Mais il confond facilement les sources, et il inquiète : rien n'est plus intrusif qu'un objet qui écoute. On l'utilise donc pour des mesures grossières — il y a du bruit, il n'y en a pas — plutôt que pour reconnaître quoi que ce soit.
La détection de présence
Capteurs infrarouges, ultrasons, cellules : ils disent qu'il y a quelqu'un, où, et depuis combien de temps. C'est peu, et c'est parfois exactement ce qu'il faut. Une œuvre qui ne veut savoir que si l'on reste n'a pas besoin d'une caméra.
Le bon capteur n'est pas le plus précis : c'est le moins intrusif qui suffit à lire ce que l'œuvre veut comprendre. Ajouter de la précision qu'on n'exploite pas, c'est collecter pour rien — et faire peur pour rien.
Ce qu'aucun capteur ne donne
Aucun capteur ne lit une intention. Il lit un comportement, et c'est l'œuvre qui en propose une interprétation — toujours faillible. C'est pourquoi une œuvre honnête ne prétend pas savoir qui vous êtes : elle observe comment vous avez été là, cette fois.
RÉSONANCE s'appuie sur la caméra pour lire une manière de traverser une chambre, et rien d'autre — l'image ne quitte jamais l'appareil.