Le critère décisif
On appelle interactive une œuvre dont l'état dépend de l'action de celui qui la regarde. Ce n'est pas l'animation qui compte — une vidéo bouge sans que personne n'y soit pour rien — mais la boucle : le visiteur agit, l'œuvre répond, cette réponse modifie l'action suivante. Sans cette boucle, il y a du mouvement, pas d'interaction.
La confusion la plus répandue tient à ce mot d'interaction. Cliquer sur « lecture » n'est pas interagir avec une œuvre : c'est la déclencher. L'interaction commence quand le geste entre dans la composition — quand deux visiteurs, faisant la même chose, n'obtiennent pas la même œuvre.
Réagir n'est pas observer
Il faut distinguer deux familles. L'œuvre réactive répond immédiatement et ne garde rien : on lève la main, une forme suit, on s'en va, tout s'efface. L'œuvre qui observe retient une manière d'être présent et en tire une lecture. La première est un miroir vivant ; la seconde produit une trace.
Cette distinction n'est pas théorique. Elle décide de ce qu'on peut faire de l'œuvre après coup : une œuvre réactive ne laisse aucune matière, une œuvre qui observe compose quelque chose à partir de la visite.
Ce que l'interaction demande à l'auteur
Concevoir une œuvre interactive, c'est renoncer à décider seul du résultat. L'auteur écrit des règles, pas des images ; il fixe un cadre et confie le reste au visiteur. La difficulté n'est pas technique — elle est de composer un espace où toutes les manières de se comporter donnent quelque chose de juste, y compris celles qu'on n'avait pas prévues.
Le vrai test d'une œuvre interactive : retirez le visiteur. S'il reste une œuvre complète, elle n'était pas interactive — elle était animée, et le spectateur regardait.
Pourquoi cela revient aujourd'hui
Les capteurs sont devenus ordinaires : une caméra, un micro, un écran suffisent. Ce qui était réservé aux installations muséales tient désormais dans un navigateur. La question n'est plus de savoir si l'on peut faire réagir une œuvre, mais ce qu'on veut qu'elle lise — et ce qu'on en fait ensuite.
RÉSONANCE appartient à la seconde famille : elle n'attend pas un geste précis, elle observe une manière de traverser un espace et en compose une lecture.